Les Plantes ayurvédiques

par Christine Vallée, Dr en Pharmacie

Originaire de l’Inde, l’Ayurveda est sans doute le plus ancien système de soin du monde. En sanskrit, ayurvéda signifie la « science de la vie et de la longévité ». Elle essaie de donner un sens à la vie en l’harmonisant avec la nature. Basée sur la tradition, elle est fondée sur des principes scientifiques. Elle utilise de nombreuses plantes depuis des milliers d’années et possède des banques de données sur leur mécanisme d’action.

« L’Ayurvéda est une science et une philosophie très ancienne et les premiers livres ayurvédiques datent de près de 5 000 ans. Toutes les médecines traditionnelles défendent l’idée selon laquelle les maladies ont pour cause principale la rupture des équilibres et la perte d’harmonie entre notre corps et notre esprit. Il en est de même de la médecine ayurvédique. Tout est une question d’équilibre. Ses principes thérapies s’appuient sur l’observation des grands rythmes de l’univers et l’être humain est tout simplement le centre. »

L’Ayurvéda est souvent appelés système de médecine énergétique parce qu’elle respecte et comprend la qualité fondamentale de la vie qui est l’énergie intelligente ou prana. Le fondement de ce système repose sur la théorie du tridosha ou équilibre des trois doshas, les trois formes de l’énergie vitale. À sa naissance, chaque individu est constitué de trois doshas, des énergies basiques, présentes dans des proportions uniques. Comme une empreinte digitale, ce mélange caractéristique, appelé prakruti, distingue la vie chacun d’entre nous quant à ses dispositions physiques, mentales et émotionnelles. Il reflète la nature essentielle vraie. Bien que défini à vie, ce mélange peut varier au jour le jour de manière importante selon la façon dont on réagit avec l’environnement (notamment par rapport au stress, aux choix diététiques, à la pratique de l’exercice physique ou aux changements de saison).
Cette théorie de l’Ayurvéda s’appuie sur le fait que nous sommes constitués des mêmes s éléments que le reste de l’univers. Trois éléments principaux : l’eau, le feu et l’air et deux éléments complémentaires : la terre et l’esprit. Chaque dosha est une dynamique qui réunit deux de ces cinq éléments. Un état de santé satisfaisant dépend de l’équilibre harmonieux des trois doshas entre eux. Le but de l’Ayurvéda est de soutenir les éléments cde cet équilibre naturel afin de maintenir la santé et le bonheur. Il est ainsi possible de favoriser un état de santé dynamique en soutenant l’humeur dominante du corps à l’aide de plantes qui lui correspondent.
Vata, le premier dosha, est l’énergie vitale associée aux mouvements physiques et physiologiques. Il est formé d’air et d’espace. Il représente la force vitale et le principe premier de la vie. L’air naît dans les intestins et est ensuite distribué dans le reste du corps. Le colon est la place principale de Vata.
Le deuxième dosha est Pitta (la transformation) qui est composé de feu et d’eau. Il représente le système circulatoire et donne au corps la chaleur nécessaire à sa préservation : équilibre thermique, digestion, régulation de l’appétit, la clarté et la vivacité de l’esprit. L’estomac et l’intestin grêle sont les principaux sièges de ce dosha.
Le troisième dosha est Kapha (la cohésion), constitué d’eau et de terre. Il contrôle la surface des muqueuses et participe à l’élaboration des nouveaux tissus. La poitrine, les poumons et la gorge sont les sièges privilégiés de Kapha. L’estomac où il humecte les aliments est son siège secondaire. L’Ayurvéda n’est pas une méthode unique. Elle est la compréhension de la nature et, avant tout, de la nôtre. Lorsque nous comprenons notre propre nature, nous sommes à même de comprendre les plantes, les herbes, les climats et les thérapies, conformément à leur nature et à leur action sur notre métabolisme.

Boswellia serrata

Le boswellia serrata est un arbre résineux présent dans les forêts sèches de l’Inde et traditionnellement utilisé pour ses vertus à contrôler les douleurs articulaires aiguës et chroniques. La résine de boswellia fait partie de la pharmacopée de l’Inde et de la Chine et est également approuvée comme additif alimentaires aux Etats-Unis.
La médecine ayurvédique lui attribue des propriétés anti-inflammatoires utiles pour le traitement des douleurs rhumatismales, de l’inflammation du tube digestif et des voies respiratoires. En médecine traditionnelle chinoise, on l’emploie pour traiter les douleurs rhumatismales et menstruelles ainsi que les ecchymoses et autres blessures cutanées.
Le boswellia bloquerait, via les acides boswelliques contenus dans sa résine, la synthèse des leucotriènes, molécules responsables de l’inflammation qui accentuent les lésions causées par les radicaux libres.
Deux études récentes portant sur des patients soufrant d’arthrose au genou ont donné des résultats positifs. Une combinaison de curcuma et de boswellia a réduit les symptômes de l’arthrose ainsi que les marqueurs sanguins d’inflammation. En 2003, dans une étude réalisée en Inde, un extrait de boswellia a été plus efficace que le placebo pour réduire la douleur, améliorer la souplesse du genou et augmenter la distance de marche.
Le Council for Scientific and Industrial Research de l’Inde a financé plusieurs études sur la résine boswellia serrata.
Des médicaments comme des anti-inflammatoires non-stéroïdes peuvent causer une interruption dans la synthèse des glycosaminiglycanes, accélèrent ainsi les dommages articulaires dans des cas d’arthrites.
En 1989, une étude in vivo a comparé les effets d’un extrait de boswellia et de kétoprofène sur le métabolisme des glycosaminoglycanes. Par rapport aux témoins, l’extrait de boswellia diminuait la dégradation des glycosaminoglycanes tandis que le kétoprofène produisant une réduction du contenu total en glycosaminoglycanes des tissus.

Le curcuma

Le curcuma, un des principaux ingrédients du curry, a longtemps joué un rôle primordial comme conservateur naturel. En médecine ayurvédique et chinoise, le curcuma est utilisé pour le traitement des douleurs rhumatismales. Le curcuma contient des curcuminoïdes, dont la curcumine, antioxydants très puissants qui pourraient jouer un rôle dans le soulagement des douleurs arthritiques, rhumatismales ou menstruelles, ou le traitement de diverses inflammations cutanées ou ophtalmologiques.
Des études ont montré que la curcumine réduisait l’inflammation et certains symptômes comme la douleur et la raideur chez des sujets souffrant d’arthrite et avait une action anti-inflammatoire aussi efficace qu’un médicament anti-inflammatoire.

Le bacopa monnieri ou brahmi

Le bacopa monnieri, ou brahmi, est une plante vivace rampante commune dans les marais et les lieux humides de l’Inde, au goût amer. Il est connu dans la médecine ayurvédique pour son efficacité dans le traitement des maladies mentales et de l’épilepsie. Les principes actifs, extraits des feuilles, sont des saponines stéroïdiennes incluant des bacosides, améliorant ainsi la mémoire et les performances cognitives dans leur ensemble.
Quatre essais indiquent que le bacopa peut améliorer les facultés cognitives et le mémoire chez les écoliers en bonne santé, des personnes atteintes de dysfonctionnement intellectuel et des enfants souffrant de troubles de déficit de l’attention. Chez des adultes souffrant de névrose d’angoisse, l’extrait a atténué significativement le degré d’anxiété et de fatigue mentale et une augmentation de la mémoire.
En 2001, un extrait de brahmi a permis d’augmenter la vitesse de traitement de l’information, ainsi que la capacité d’apprentissage et la mémoire, tout en atténuant l’anxiété. Dans une étude menée en Australie, l’extrait de bacopa a amélioré significativement la capacité de retenir de nouvelles données.

Le gugul ou commiphora mukul

Le gugul ou commiphora mukul est un arbrisseau épineux présent dans les régions arides de l’Inde. Là-bas, les vertus médicinales de la gomme de guggul sont connues depuis environ 3000 ans. Elle est utilisée, combinée ou non à d’autres plantes pour traiter notamment les douleurs du système nerveux, l’obésité, des infections de la bouche ou des problèmes menstruels.
Au début des années 1960, des chercheurs indiens ont découvert un texte médical ancien qui décrivait clairement les symptômes et les traitements de niveaux élevés de cholestérol. Une des principales recommandations était le guggul. Des textes ont ensuite montré que la gomme de guggul diminue les niveaux de cholestérol et protège également contre le durcissement des artères.
Des études montrent que l’extrait de guggul est au moins aussi efficace que certains médicaments dans le traitement des niveaux élevés de cholestérol. Un extrait normalisé à 2,5 % de guggulstérones a été officiellement approuvé en 1986 pour le traitement de l’hyperlipidémie par les autorités médicales indiennes.

Melon amer ou melon d’Inde

Le momordica charantia et une plante annuelle grimpante originaire des régions tropicales de l’Asie. Elle produit des fruits rappelant le concombre. Dans le passé, on a employé toutes les parties de la plante à des fins médicinales, mais il semble que ce soit le fruit qui renferme les plus importantes quantités de substances actives : les principes amers (d’où le nom de melon amer donné à la plante). Il est utilisé traditionnellement pour contribuer à réguler les taux de glucose sanguin chez les diabétiques.
Des centaines d’essais in vitro confirment que le fruit (frais ou son extrait exerce une action hypoglycémiante.
Des chercheurs japonais ont découvert que les graines du fruit avaient une action pharmacologique similaire à celle des inhibiteurs de l’alpha-glucosidase, une classe de médicaments phypoglycémiants oraux qui retardent l’absorption des glucides ingérés au moment des repas.
Une étude de 1993 a démontré qu’un extrait de momordica avait fait disparaître le sucre dans les urines et que la glycémie avait baissé chez les diabétiques de types II.

Le banaba

Le banaba ou Lagestrœmia speciosa, ou encore lilas des Indes est un arbre des Philippines et des Indes. Il est le remède traditionnel du diabète aux Philippines.
La partie utilisée, les feuilles, son principe actif, l’acide corosolique, transporteur de glucose à travers la membrane cellulaire.Son action a été cliniquement reconnue comme phyto-insuline ou principe insuline-like, régulateur du taux de glucose dans le sang.
En 1988, une étude clinique croisée contrôlée contre placebo a été conduite sur 24 sujets, à l’école de médecine Jilkeilai de Tokyo au Japon. Un diabète de type II modéré et une incapacité à tolérer une charge élevée de glucose, des niveaux supérieurs à 1000 mg par litre (niveau à jeun) et un âge supérieur à 20 ans étaient au nombre des critères d’inclusion. Les sujets ont reçu quotidiennement, après chacun des trois repas, par voie orale, un placebo ou un comprimé d’un extrait standardisé d’acide corosolique. Les résultats ont clairement montré que l’acide corolosique diminue efficacement la glycémie en relativement peu de temps (4 semaines) sans signe d’effet secondaire.

Tribulus terrestris

Plante rampante vivace tropicale, elle pousse de façon sauvage dans toute l’Inde. Elle est largement utilisée en médecine ayurvédique pour traiter divers désordres urinaires, incluant les lithiases urinaires (elle empêcherait la formation d’oxalate et de calculs dans l’urine) et est un aphrodisiaque reconnu.
Employés depuis des millénaires en médecine ayurvédique et en médecine traditionnelle chinoise, les fruits de tribulus terrestris ont servi au traitement de l’infertilité et des dysfonctions sexuelles, tant chez les hommes que chez les femmes. L’extrait est prescrit en cas d’impuissance en Inde. Les effets du fruit sont attribués à des composés stéroïdiens, les saponines. Les alcaloïdes présents semblent responsables d’une légère augmentation de la pression sanguine. Au début des années 1980, l’intérêt du public pour l’extrait du fruit du tribulus a été éveillé quand on apprit que les haltérophiles olympiques bulgares lui attribuaient leurs performances exceptionnelles.
Le chercheurs bulgares qui ont mené des études sur l’extrait de tribulus en 1982 et 1983 auraient démontré que la plante faisait augmenter les taux de divers stéroïdes hormonaux dont la testostérone, la DHEA et l’œstrogène, ce qui aurait un effet favorable sur les performances sportives et sur la libido. Cela pourrait expliquer les résultats positifs obtenus par les athlètes de même que dans le traitement de dysfonctions sexuelles et de l’infertilité, tant chez l’homme que chez la femme.