DROIT DE REPONSE A L’ARTICLE « LES PIEGES DU YAOURT »

publié dans le magazine BioInfo N°77 du mois de mars 2008

La publication de cet article rédigé par Mr Alain Mahieu, conseiller hygiéniste, dans la revue BioInfo de mars 2008 nous incite à réagir de manière circonstanciée et scientifique, dans la mesure où notre laboratoire est spécialiste des ferments lactiques et des fermentations lactiques depuis 1923.

Cette position historique active sur le marché nous a permis d’acquérir une expérience forte et continue durant ces 85 années…ce qui fait que nous avions un savoir faire et une expertise en matière de probiotiques et de procédés fermentaires bien avant que la notion même de « probiotiques » ne soit définit puisque cette définition ne date, quant à elle, que des années 1990 !!

Il nous semble, par ailleurs, important sur un sujet technique et scientifique comme celui des yaourts que la communication qui est faite auprès du grand public et que la vulgarisation scientifique qui est mise à la portée du public, respecte une démarche scientifique dans l’exposé même des données techniques et scientifiques qui est en est faite.

Nos remarques portent tant sur la forme que sur le fond de cet article.

  1. Remarques portant sur la forme de l’article « LES PIEGES DU YAOURT »

Mr Alain Mahieu cite tout au long de l’article, un certain nombre d’effets positifs des probiotiques et de la consommation de produits lacto-fermentés en matière de santé.

A titre d’exemple :

-en matière d’assimilation des protéines et lipides contenus naturellement dans le lait,

-production de substances bactéricides empêchant le développement de certains micro-organismes pathogènes,

-production d’anticorps et stimulation de la production d’interféron,

-renforcement des défenses immunitaires,

-citation d’une étude qui montre un taux de cancer légèrement plus faible dans une population consommant des yaourts…

Par contre, le titre de l’article lui-même ainsi que les têtes de chapitre sont, quant à eux, tous sur  un mode négatif :

-« Les pièges du yaourt » : entre nous : où est le piège ????

-« Peptides allergisants »,

-« La digestibilité du yaourt favorise le passage de substances antigéniques » : lesquelles ?

-« Blancheur trompeuse »,

-« Des ennemis de la minceur ? ».

Ma question est : pourquoi rédiger un titre et des têtes de chapitre sur un mode systématiquement négatif alors que le contenu est somme toute globalement positif ?

En effet, toute lecture rapide, ne va retenir que le mode négatif du titre et des têtes de chapitre.

La rigueur scientifique voudrait – me semble t-il – qu’il y ait une adéquation entre le contenu et le titre et les têtes de chapitre d’un article de fond qui est un article de vulgarisation scientifique à destination du grand public.

  1. Remarques portant sur le fond de l’article « LES PIEGES DU YAOURT »

Mr Alain Mahieu cite tout au long de l’article un certain nombre de faits ou d’effets négatifs induits semble t-il par la consommation de produits lacto-fermentés :

-Tête de chapitre « Peptides allergisants » : lesquels ? selon quelle étude scientifique ?

Remarque : toute matière organique quelque soit son origine (animale, végétale…) con tient des peptides qui seront dégradés lors du process d’assimilation en peptides et de part leur nature protéique même tous les peptides on un pouvoir potentiel allergisant. La rédaction de l’article laisse à penser que seuls les peptides issus des produits lacto-fermentés contiennent des peptides allergisants, ce qui n’est pas juste d’un point de vue scientifique, comme vous le savez.

Par ailleurs, il est écrit « N’oublions pas que le yaourt peut contenir encore une concentration non négligeable d’hormones de croissance issues du lait… Ces hormones ont, par définition, un puissant effet anabolisant qui peut stimuler le développement de petites tumeurs déjà présentes dans l’organisme ».

Je tiens à rappeler ici que l’injection d’hormones de croissance, qui augment effectivement la production de lait, est interdite dans l’Union Européenne.

Par ailleurs, le paragraphe cité est rédigé de manière à laisser penser que le yaourt a des effets anabolisants et stimule développement de tumeurs. Cette affirmation très forte s’appuie sur quels travaux scientifiques ???

Enfin, la dernière partie de l’article ainsi que l’encadré « des ennemis de la minceur ? » se réfère à une étude clinique menée par Mme Janette Brand-Miller.

La source bibliographique exacte utilisée pour rédiger cette partie de l’article n’est pas citée.

S’agit-il de la publication « International table of glycemic index and glycemic load values : 2002 ». AmJ Clin Nutr 2002,76 :5-56 de Kaye Foster-Powell, Susanna HA Holt et Janette C Brand Miller ?

Si oui, il conviendrait de citer des données plus exhaustives de manière à ne pas tronquer l’exposé.

En effet, page 28 et suivantes de cette publication figure les données GI (Glucose=100) des dairy products and alternatives :

Ligne 369 le lait « fullfat » a un GI de 27 en moyenne sur 5 études,

Ligne 370 le « fermented cow milk »  a un GI de 11,

Ligne 374 “Milk condensed and sweetened” a un GI de 61.

Ligne 375 le « low-fat milk with aspartam » a un GI de 24,

Ligne 376 le « low-fat milk with sugar » a un GI de 34,

Ligne 380 le “yoghourt low-fat with aspartame” a un GI de 14,

Ligne 381 le « non-fat yoghourt » a un GI de 23,

Ligne 382 le « reduced-fat yoghourt + fructs » a un GI de 26-28.

Ces données permettent de déduire que ce n’est pas la fermentation qui influe sur le GI mais bel et bien la nature du lait (low-fat ou full-fat) et surtout les additifs (aspartam, sucre, fruits associés…..)

Il n’y a donc pas de piège particulier dans les yaourts.

Tout dépend du type de lait et des  additifs employés et donc du produit commercial choisi par le consommateur.

Compte tenu de la législation en vigueur en Europe aujourd’hui, l’étiquetage est complètement transparent et lisible pour le consommateur et celui-ci peut faire les choix nutritionnels qui sont les siens en toute connaissance de cause. Il n’y a donc pas lieu de faire croire qu’il y a de piège.

De plus, vous parlez de « propagande » menée en faveur des yaourts…

Je tiens à rappeler ici que la communication liée aux produits agro-alimentaires est aujourd’hui encadrée par une législation européenne (Règlement CE 1924 2006 du Parlement et du Conseil Européen concernant les allégations nutritionnelles et de santé sur les denrées alimentaires) qui  encadre toute la communication faite autour des produits agro-alimentaires.

L’application de cette réglementation est contrôlée par les autorités administratives de tutelle des états membres.

Les allégations doivent être autorisées et sont régulièrement contrôlées, il n’y a donc pas de propagande mais une communication encadrée et justifiée sur bases de travaux scientifiques validés.

Pour finir, vous parlez de « probiotiques non laitiers » : vous avez tout à fait raison, il existe des probiotiques ailleurs que dans les produits lacto-fermentés : pollen frais mais il aurait fallu citer aussi kéfir de fruits, le kombucha…afin d’être plus exhaustif.

Nos métiers de communicants en matière de bien être et de santé nous obligent à baser notre discours sur des faits scientifiques indiscutables, cohérents et logiques et donc à exposer les faits en citant nos sources bibliographiques dans le respect de la déontologie scientifique qui nous anime tous.

Cette démarche rigoureuse est le garant du sérieux de notre démarche de communicants et donc du respect que nous témoignent notre public.

Mme Marie-Pascale LEPLEY

Docteur en pharmacie