La rencontre ouverte et sans défenses des deux partenaires n'est pas chose simple ni gratuite. Elle demande des deux côtés des conditions préalables dont les plus importantes me semblent être l'autonomie et le détachement.
1) DEPENDANCE ® AUTONOMIE .
Comme je l'ai remarquablement exposé dans mon livre :"Pouvoir, autonomie, guérison", la dépendance me semble être la source principale des souffrances psychologiques, des maladies mentales et même des maladies physiques. La dépendance précède très souvent les stress dont on sait qu'ils sont des facilitateurs de toutes les maladies mentales et physiques, un peu comme la maladie du Sida qui n'a pas de symptomatologie propre mais qui accentue et accélère les maladies qui étaient présentes avant ou qui surviennent après l'infection selon le point faible de la personne atteinte. Il est très important de distinguer les événements stressants ou les agents stressants et le stress intérieur qui est la réponse que l'on donne à ces événements. C'est la dépendance qui détermine si les événements stressant de la vie (métro,boulot, dodo) vont créer un stress en réponse. Dans un couple, c'est la dépendance qui détermine l'emploi de la souffrance devant un partenaire infidèle. Je pars du postulat suivant : chacun est responsable de sa jalousie principalement.... pour ne pas dire entièrement. L'infidélité est un événement stressant, la jalousie est la réponse intérieure stressée devant l'événement stressant qu’est l’infidélité. Si on part de là il y a moyen de négocier. Sinon, on doit se résigner à une lutte sans fin où les deux sont perdants.
Si je ne m'aime pas, je suis dépendant de l'amour de l'autre pour aimer ou me sentir aimé ou aimable. Bien plus, je ne croirai pas l'autre quand il dira qu'il m'aime. Si je suis autonome, l'amour de l'autre renforce mon amour de moi-même, sans toutefois le créer. Si l'un des partenaires n'est pas matériellement autosuffisant, il crée aussi une dépendance et compte sur l'autre pour se sentir en sécurité matérielle. Dans ce cas, il arrive souvent qu'un tel partenaire cherche un autre partenaire dépendant croyant être plus fort à deux. Malheureusement, cela ne marche pratiquement jamais, comme deux boiteux qui s'appuient l'un sur l'autre et finissent par s'écraser.
Sur le plan matériel également, la dépendance peut survenir. Je pense à la femme ‘sauveur’ qui se sent obligée de tout faire pour son mari, à l'exemple de Pénélope qui, attendant Ulysse parti découvrir les belles mers, tisse son vêtement le jour et le détisse la nuit. Assez curieusement, quand j'étais jeune, c'était un exemple de femme fidèle .....la pauvre !. Mais, il y a plus. Quand on fait le sauveur envers quelqu’un qu’on veut aider, on se place en fait dans la position haute en imaginant que l'autre est incapable de faire ce que l'on fait à sa place....pour le maintenir dépendant, dans la position basse en l'empêchant d'apprendre. Je pense aussi aux nombreux maris, éternels assistés à la maison, quelque fois même des chefs d'entreprise, incapables de se faire cuire un oeuf sur le plat et de ranger leur propre vaisselle. Une blague caricaturale, entendue en Tunisie, demande quel est le féminin de "Monsieur met ses pantoufles et s'installe avec son journal devant la télé". Réponse: "Madame prépare les pantoufles de Monsieur et mijote des petits plats à la cuisine." L'autonomie implique que chacun puisse se prendre en charge dans sa propre sphère et que personne n'est systématiquement le serviteur de l'autre sauf dans un échange convenu et relativement égal si du moins les deux ont une activité professionnelle équivalente en dehors de leur vie privée.
2) ATTACHEMENT ® DETACHEMENT
C'est la dépendance que l'on a par rapport à ses besoins même légitimes. J'ai besoin d'aimer et d'être aimé est fondamental. J'ai besoin d'être reconnu également. L'attachement, c'est la dépendance par rapport à ce besoin qui consiste à souffrir quand je ne suis pas aimé ou quand je ne suis pas reconnu ou bien encore faire des choses pour être reconnu plutôt que pour mes objectifs à moi. C'est une qualité que j'ai apprise dans les méditations orientales et que j'ai surtout comprise en Inde quand j'ai réalisé 10 jours de méditation en total silence à raison de 12 fois une heure chaque jour, assis et immobile. J'ai perçu là combien j'étais attaché à l'action et, dans l'impossibilité d'agir, j'ai constaté que je n'ai jamais fais autant de projets....d'actions. Mon attachement à ce que je fais m'a amené à être plus attentif dans ma vie à la position suivante : est-ce que j'agis ou est-ce que je m'agite. L'attachement dans un couple peut se manifester de différentes façon :
- Dis moi que tu m'aimes : l'attachement à mon besoin d'être aimé quand je ne m'aime pas suffisamment.
- Pleurer, être inquiet ou en colère si l'autre rentre en retard.
- Téléphone-moi quand tu es arrivé à destination de ton voyage....
- Dis moi où tu vas et quand tu reviens.
Ceci est surtout dit dans l'intention positive de pouvoir porter secours en cas d'accident mais je n'ai jamais, jamais vu que cela servait à quelque chose. Quand un accident survient, même si on connaît le trajet de son conjoint ou de son enfant qui doit revenir avant minuit, c'est inutile de savoir pour le protéger. En cas de collision, il y a toujours quelqu'un sur place bien avant vous pour appeler les secours. C'est une illusion qui conduit au processus suivant : si tu es en retard, j'imagine que tu as un accident et j'ai peur de te perdre. Dans ce processus la personne tue d'abord l'autre en imagination et a peur de ce qu'elle vient de faire. Le message ouvert est l'attention bienveillante, le message caché est le contrôle et le pouvoir rarement conscient. Quand ma partenaire rentre tard, ce qui est rare, je l'attends un peu, puis je mange, puis je vais dormir sans aucunement m'inquiéter car l'inquiétude ne sert à rien et je n'imagine pas le pire. Je lui dirai demain ma frustration et conviendrai comment faire une autre fois: téléphone-moi de ne pas t'attendre. La plupart du temps, je ne pose pas de question pour savoir où elle est allée. Elle est libre de m'en parler et cela m'intéresse si elle le fait.
Dans ces exemples là, l'attachement consiste à être dépendant de son besoin de sécurité, de contrôle et même d'amour. Le non attachement consiste à ne pas souffrir si je ne reçois pas une réponse à ces besoins tout en étant capable d'en bénéficier pleinement quand cela survient. Je déploie beaucoup d'énergie pour trouver des réponse à mes besoins, pour créer ce que j'aime, pour rencontrer qui je veux, pour explorer le monde intérieur aussi bien que la planète. Je trouve que je suis de plus en plus satisfait et davantage encore depuis que je suis attentif à ce non attachement.
Le sage indo-birman (Goenka) avec qui j'ai appris le détachement menait une vie simple et sobre, très puissant mais nullement attaché aux honneurs, à la vénération ou aux biens matériels. Par contre, j'ai vu d'autres gourous qui se disaient illuminés mais qui avaient un tel besoin d'admiration, de vénération et d'adoration que je doutais de leurs sagesse. Leurs messages étaient à peu près celui-ci : abandonnez votre ‘ego’ au profit du mien.
Extrait de "Amour et sexualité", chapitre IV
Dépendance et Attachement avril 2004/doc/chri/PC1
Docteur André MOREAU
Psychothérapie individuelle et de groupe
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