Favoriser le confort urinaire

par Christine Vallée, Dr en Pharmacie (1)

Besoin d’aller aux toilettes plusieurs fois par heure, même à quelques minutes d’intervalle ? Mictions douloureuses ? Brûlures dans le bas-ventre ? Tels sont les signes de la cystite, infection urinaire dont une femme sur cinq sera victime au moins une fois dans sa vie.

Les infections urinaires Les infections de l’appareil urinaire représentent une part importante de l’agression microbienne. Ce sont des problèmes très fréquents, notamment chez les femmes. Le risque qu’elles en souffrent est de 10 à 15 fois supérieur à celui des hommes. Au cours de sa vie, une femme sur cinq souffrira d’une infection urinaire au moins une fois et bon nombre d’entre elles connaîtront les récidives, accompagnées parfois de complications.

° Types d’infections

On distingue généralement deux types d’infections urinaires :

- les infections basses, qui affectent l’urètre, la vessie et la prostate, et qui comprennent respectivement les urétrites, les cystites et les prostatites.

- Les infections hautes, localisées au niveau du rein, qui comprennent la pyélonéphrite, les abcès rénaux et la tuberculose rénale.

Les infections urinaires basses et certaines infections hautes sont acquises par voie ascendante : les bactéries proviennent de l’extérieur et remontent les voies urinaires. Normalement, chez une femme en bonne santé, ces bactéries sont éliminées à chaque miction. Mais si la vessie se vide mal, si elle est distendue, les tissus de la muqueuse vésicale deviennent plus sensibles à l’invasion bactérienne. Par ailleurs, l’urine résiduelle constitue un milieu favorable à la prolifération des microorganismes. Parmi ces microorganismes, Escherichia coli occupe une place prépondérante, puisqu’ils sont responsables de près de 80 % des cas d’infections urinaires basses. Il faut aussi signaler les infections relativement fréquentes causées par Staphylococus saprophyticus et par Enterococus faecalis.

Les bactéries responsables des infections urinaires basses peuvent remonter les uretères et causer une infection rénale. Cette infection se manifeste par une pyélonéphrite.

° Facteurs de prédisposition

Des facteurs anatomiques sont à l’origine de la plus grande fréquence des infections urinaires chez les femmes : un urètre court (5 cm) favorise la migration des bactéries d’origine fécale vivant sur le périnée et au voisinage immédiat de l’orifice anal. L’âge est un facteur de prédisposition chez les deux sexes : le risque passe de 1 % avant 20 ans à plus de 10 % à 70 ans.

Parmi les autres facteurs de prédisposition, on peut mentionner :

- la grossesse ;

- le diabète ;

- les états d’immunodépression ;

- des malformations des voies urinaires ;

- des maladies des voies urinaires qui entravent l’écoulement urinaire, telles les lithiases ou l’hypertrophie prostatique.

° Symptômes

Les plus connus :

- des douleurs ou des brûlures au moment d’uriner.

- Une fréquence anormalement élevée de mictions durant le jour (parfois le besoin d’uriner survient aussi la nuit).

- Un sentiment persistant d’avoir besoin d’uriner.

- Des urines troubles, qui dégagent une odeur désagréable.

- Une pression dans le bas-ventre.

- Parfois, du sang dans les urines.

Dans le cas d’une infection des reins :

- des douleurs lombaires.

- Des frissons.

- De la fièvre.

- Des vomissements.

Chez les enfants, l’infection urinaire se traduit par de l’énurésie et par des plaintes ou des pleurs au moment d’uriner.

° Conseils pour réduire le risque d’infection urinaire

- Le meilleur moyen pour les jeunes filles et les femmes de prévenir les infections urinaires est de s’essuyer toujours de l’avant vers l’arrière avec le papier hygiénique après être allé à la selle ou après avoir uriné.

- Boire suffisamment de liquides et spécialement de l’eau. Il est recommandé de boire de six à huit verres de liquide par jour. Le jus de canneberge est une option intéressante en prévention des rechutes puisqu’il empêcherait les bactéries d’adhérer aux parois des voies urinaires. Un adulte sain devrait produire entre un demi-litre et deux litres d’urine par jour.

- Uriner peu de temps après les relations sexuelles.

- Ne pas retenir trop longtemps son envie d’uriner.

- Laver les régions anales et vulvaires quotidiennement.

- Éviter d’utiliser dans la région génitale des produits déodorants, qui peuvent irriter l’urètre.

- En cas d’infections fréquentes attribuables à l’usage d’un diaphragme, on conseillera de changer de méthode contraceptive.

- Préférer les condoms lubrifiés qui irritent moins les parties génitales, ou utiliser un lubrifiant.

° Chez les hommes

Il est plus difficile de prévenir les infections chez les hommes. Il est important de boire suffisamment pour maintenir un bon flot urinaire, et de traiter un trouble de la prostate s’il y a lieu. Par ailleurs, l’urétrite peut être prévenue en utilisant le condom durant des relations sexuelles avec toute nouvelle (ou tout nouveau) partenaire. L’inflammation de l’urètre est courante chez les hommes qui contractent la gonorrhée ou la chlamydia.

Canneberge

Vaccinium macrocarpon ou cranberry est une grande airelle rouge qui pousse en Amérique du Nord. Les amérindiens des grands lacs consommaient les baies pour les problèmes de vessie et de reins ou encore pour leur hygiène dentaire. La récolte des baies (1 à 2 cm) est particulière : la canneberge est cultivée dans des «cuvettes» qui sont inondées lorsque le fruit est mûr afin que celui-ci se décroche de son pédoncule. Flottant à la surface de l’eau, il est alors récolté à l’aide d’une épuisette.

° Ses effets

Ce n’est que depuis une dizaine d’années qu’après avoir multiplié les études scientifiques sur la cranberry que l’on commence à connaître ses effets réels et ses bienfaits antioxydants.

Le premier d’entre eux dû à la proanthyocyanidine A est un effet antiadhésif bactérien. Depuis 1994, les études dirigées par l’École Médicale d’Harvard à Boston ont montré que la consommation régulière de cranberry réduisait l’incidence des bactéries dans l’urine des femmes. Plus tard, il a été établi que ses composants actifs entravaient l’adhérence des bactéries et principalement de l’Escheridia coli sur les parois vésicales. En 1999, les chercheurs de l’Université de Rutgers dans le New Jersey ont identifié le composant actif responsable de l’effet antiadhésif bactérien et ont décrit le mécanisme d’action des proanthocyandines de type A ou PAC, contenus exclusivement dans la cranberry, comme agent destructeur des adhésines des bactéries et, toujours plus particulièrement de l’Escherichia coli. Ces PAC, en se fixant sur l’extrémité des filaments d’adhésine, empêchent les bactéries de s’accrocher aux parois internes de l’organisme, préliminaire indispensable à l’expression de leur nocivité. Mais, grâce à la cranberry, les bactéries sont alors simplement éliminées lors de la miction.

Le deuxième effet concerne ses capacités antioxydantes puisque la composition de ce fruit diffère profondément de celle des autres par la variété et la quantité des antioxydants qu’il contient, comme la proanthocyanidine A, les anthocyanes et les flavonoïdes. Cette palette unique de substances antioxydantes fait de la cranberry un protecteur de l’organisme, principalement contre les radicaux libres responsables du vieillissement cellulaire, mais aussi contre bon nombre de dysfonctionnements chroniques cardiaques ou dégénératifs cellulaires.

Enfin, son troisième grand effet la place parmi l’un des meilleurs antioxydants plasmatiques. À ce sujet, des études scientifiques menées à l’Université du Wisconsin-Madison, ont démontré que les flavonoïdes ainsi que certains polyphénols comme les anthocyanes et les proanthocyanidines évitent l’oxydation du cholestérol LDL (mauvais) tout en contribuant à la dilatation des vaisseaux sanguins. Cette augmentation de la capacité antioxydante du plasma permet un meilleur équilibre entre le cholestérol LDL et le cholestérol HDL (bon), réduisant ainsi le risque d’arteriosclériose. Mais les polyphénols inhibent également l’agrégation plaquettaire qui conduit à l’occlusion des artères.

° Son mode d’emploi

L’ensemble de ses effets indique donc primordialement la cranberry dans le cadre de la prévention des infections urinaires récidivantes, s’adressant donc électivement aux femmes souffrant de cystites, aux personnes handicapées ou âgées, et permettant notamment au patient d’éviter la prise répétitive d’antibiotiques et d’écarter ainsi tout risque de résistance. Parce qu’il est nécessaire de beaucoup boire lors de problèmes urinaires (en particulier quand il fait chaud), le jus de canneberge concentré est présenté en liquide à diluer associé à la myrtille pour renforcer l’action diurétique et dépurative. Le jus de canneberge au bon goût acidulé s’utilise dans 1 litre d’eau à boire dans la journée, de préférence entre les repas. Il peut être associé à une formule probiotique pour l’équilibre de la flore intestinale.

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