Aborder la manière dont la spiritualité affecte le regard que l’homme porte sur la vie - et plus particulièrement ses rapports au monde animal - est un pari audacieux. Pourtant, je le crois utile, même si la société occidentale, compartimentée à l’extrême, n’aime pas les « amalgames ». Même, et surtout peut-être, si tout est y fait pour écarter les hommes d’une démarche spirituelle…
La rupture entre l’Homme et la Nature a de nombreux impacts, directs ou indirects, sur notre planète. La terre souffre de tous nos excès. La terre est malade, parce que l’homme a tout simplement oublié ce quelle est, en oubliant qui il est. Fier de ce qu’il croit savoir, arrogant, il en oublie l’essentiel. Ce qui le lie au cosmos, ce qui le lie aux autres formes de vie, ce qui le lie à toute chose.
Les rapports de l’homme à l’animal sont si subtils parfois, qu’on ne sait par où les aborder. Ils ont tant en commun. Constitués des mêmes poussières d’étoiles, c’est une même étincelle de vie qui les anime. Un long processus, échelonné sur quelques 15 milliards d’année pour ce qui est de « notre univers ». Une évolution commune, dont hommes et animaux ne sortent ni les mêmes, ni différents…
La compréhension de ce que nous sommes inspire notre façon de regarder le monde. Ce regard, conforté par l’expérience que nous en faisons à chaque instant, construit notre réalité, individuelle et collective. Nous sommes ce que nous pensons et le monde dans lequel nous vivons en devient peu à peu l’expression. La question que nous pourrions commencer à nous poser est de savoir si nous sommes les seuls à penser ?
Parce que dans cette perspective, il existe autant de mondes, bien réels pour ceux qui s’y réfèrent, ou y vivent tout simplement, qu’il existe de catégories d’êtres et d’individus. Il est difficile de parler pour les uns et les autres. Le monde d’une fourmi est sans doute fort différent de celui d’une anémone, d’une tortue ou d’un éléphant. La fourmi elle, est bien vivante dans son monde de fourmi… et ses prérogatives de fourmi.
Pourtant, c’est l’homme aujourd’hui qui parle au nom de tous . C’est l’homme qui juge, qui définit ce qui est bon, ce qui est bien, et ce qui ne l’est pas… La suprématie qu’il exerce sur sa planète lui a-t-elle conféré pour autant suffisamment de sagesse pour comprendre et gérer le monde dans le respect des différences? Les atteintes dramatiques portées à l’environnement et l’effondrement de la biodiversité qui en résulte semblent montrer qu’il n’en est rien. Elles nous poussent au contraire à nous interroger sur nos choix et les valeurs sur lesquels ils reposent, à nous interroger en profondeur sur ce que nous sommes et sur les liens sacrés qui rattachent l’homme à l’univers qui l’a engendré.
Dr Y.Beck, Président
