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C’est la crise alimentaire mondiale ! En 2007, le prix du blé a augmenté de 80 %, le prix du maïs de 24 %, et celui du riz de 20 %. Et tout porte à croire que ça va continuer. Au Sud, des « émeutes de la faim » éclatent un peu partout, tandis qu’au Nord, les petites gens éprouvent de plus en plus de difficultés à faire bouillir la marmite. Comment la planète, croulant naguère sous les surplus de produits agricoles vendus à vil prix, en est-elle arrivée là ? Les explications d’experts sont éclairantes : le dérèglement climatique provoque une multiplication des sécheresses et des inondations, la Chine et l’Inde ne sont plus autosuffisantes, et le prix des aliments s’aligne de plus en plus sur celui du pétrole et des agrocarburants. Ces trois causes majeures ont comme point commun d’être partiellement imputables à une agriculture industrielle polluante, énergivore et gaspilleuse de terre nourricière. Aujourd’hui plus que jamais, le bio fait figure de solution urgente non seulement aux problèmes écologiques, mais également à l’« horreur économique » qui en découle. Or, s’il veut manger plus naturel, le consommateur peut faire confiance à la filière biologique, dont le contrôle fait même appel aux satellites ! (Lire notre dossier page 6 et suivantes)
L’affolement du marché alimentaire est cependant une bonne occasion de réfléchir à la marche du monde. Du grec « krisis » (décision), la crise est toujours une chance de faire de meilleurs choix ! Posons, par exemple, la question des nos besoins nutritionnels : pourquoi sommes-nous si dépendants des céréales ? Parce que la diététique conventionnelle fait beaucoup trop d’honneur aux hydrates de carbone. L’excès de glucides dans nos assiettes est au contraire une véritable catastrophe sanitaire ! Rappelons au passage que la pyramide alimentaire classique provient à l’origine du ministère de l’agriculture américain, lequel était soumis à l’influence des puissants lobbies laitiers et céréaliers Personnellement, ça fait belle lurette que je ne mange quasiment plus de pain ni de pâtes, et que je ne m’en porte pas plus mal. Je compense par un festin frugal de fruits et de légumes, dont le profil glucidique et l’effet sur la glycémie sont bien plus intéressants. Pas étonnant que ces deux catégories d’aliments soient aussi des boucliers anticancer ! (lire page 14)
Question encore plus provocante : l’agriculture est-elle vraiment indispensable ? Dans un livre décapant (lire page 48), l’ethnobotaniste François Couplan, par ailleurs collaborateur ponctuel de BIOINFO, soutient sans ambages que tous les malheurs de l’humanité remontent à la « révolution néolithique », autrement dit à l’invention des pratiques agricoles. Plus il la domestiquait, plus l’homme s’est éloigné de la nature. Au point d’ignorer qu’il pourrait, aujourd’hui encore, se nourrir essentiellement de plantes sauvages, comme les chasseurs-cueilleurs du paléolithique. Fatale ignorance car, assène François Couplan, « les humains qui meurent de faim le font souvent au milieu d’un garde-manger naturel ». Et de citer l’exemple des Irlandais, décimés au 19ème siècle par la famine, alors que leur île verdoyante regorgeait de nourriture végétale gratuite. Certes, on voit mal les bientôt dix milliards de Terriens s’alimentant exclusivement sauvage. Mais à l’heure où les sols monocultivés intensivement manifestent les premiers signes d’agonie, il est bon de se souvenir que le moindre espace vert peut s’avérer prodigue en trésors comestibles. C’est rassurant pour demain et ça donne dès maintenant l’envie de biodiversifier son assiette.
Yves Rasir