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Qui veut la mort des magasins bio ? Récemment, l’Agence belge des médicaments a rédigé un projet d’Arrêté Royal relatif aux médicaments traditionnels à base de plantes. Selon les fonctionnaires qui ont pondu ce texte, l’usage des plantes médicinales ne devrait plus être permis que pour les préparations pharmaceutiques, et plus pour les compléments alimentaires librement vendus dans les herboristeries et les commerces d’alimentation naturelle. Si ce projet passait, les conséquences seraient dramatiques pour de nombreuses entreprises belges actives dans les médecines alternatives. Elles ne pourraient pas répondre aux exigences légales applicables aux médicaments, et seraient bien incapables de financer le coût énorme des enregistrements (environ 50.000 € par produit). La plupart des magasins bio seraient également condamnés à mettre la clef sous le paillasson dès lors que la vente de suppléments nutritionnels, qui représente aujourd’hui une part substantielle de leur activité, serait réservée aux seuls pharmaciens. Scénario catastrophe ? Selon nos informations, le projet imaginé au niveau administratif a très peu de chances de se concrétiser politiquement. Ne fût-ce que parce que la jurisprudence européenne évolue en sens inverse. Il n’empêche que depuis dix ans, le lobby pharmaceutique rêve de récupérer le monopole commercial sur toute substance à prétention thérapeutique. Et maintenant que de grands firmes multinationales se sont diversifiées dans la santé naturelle, ce rêve pourrait facilement devenir réalité. Méfiance et vigilance !
L’inquiétude des détaillants bio est d’autant plus légitime qu’ils font actuellement l’objet d’une vaste opération de contrôle de la part de l’AFSCA (Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire). De nombreuses boutiques ont en effet reçu la visite d’inspecteurs zélés et souvent extrêmement tatillons. Sous prétexte que certains emballages ne portaient pas un numéro de notification (ce qui n’est pas obligatoire), ou que des étiquettes faisaient explicitement miroiter des avantages pour le traitement de certaines affections (ce qui est interdit !), ils ont parfois posé des scellés sur des rayons entiers de produits naturels parfaitement sains, inoffensifs, et bénéfiques. Des plantes utilisées depuis des millénaires, des élixirs floraux,des produits de la ruche, et même des jus de légumes ont ainsi été frappés de prohibition !Certes, l’AFSCA fait son travail et il n’est pas mauvais que le secteur soit contrôlé. Mais entre la précaution et la persécution, il y a une marge que certains sbires ne semblent pas bien saisir. Je ne serais pas excessivement étonné qu’une telle sévérité trouve son explication dans des manœuvres occultes, encore une fois inspirées par le secteur pharmaceutique.
Il est vrai que celui-ci a de bonnes raisons de détourner l’attention. Pas une semaine ne passe sans qu’on n’apprenne que tel ou tel médicament est inefficace, dangereux, voire carrément mortel. Selon une récente recherche américaine,les cas d’effets secondaires graves et de décès attribués à des médicaments prescrits ont presque triplé depuis 1998. Après les statines, ce sont à présent plusieurs antidépresseurs très populaires qui font l’objet de critiques et de mises en garde. Or c’est en toute légalité et parfaite insouciance que les apothicaires délivrent ces redoutables drogues chimiques. Vous avez dit « deux poids, deux mesures » ?
Yves Rasir