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Ils ont osé ! Le 12 juin dernier, les ministres de l’agriculture réunis en Conseil européen ont osé adopter le nouveau règlement qui tolère la présence d’OGM dans les produits issus de l’agriculture biologique. Ils ont osé alors que les citoyens avaient pétitionné en nombre, que les associations de défense du bio avaient vivement critiqué le texte et que le Parlement Européen avait par deux fois demandé à la Commission de revoir sa copie. C’est à la fois un déni de démocratie, un scandale politico-écologique et une preuve supplémentaire que le cauchemar transgénique continue à faire rêver les technocrates et les lobbies de l’agro-business. Car pourquoi autoriser 0,9% d’OGM dans les produits bio au lieu de 0,1%, soit la limite de détectabilité, sinon pour préserver les chances de voir Frankestein envahir nos campagnes ? Avec ce règlement, le but inavoué est de faire « coexister » les agricultures. Mais en tolérant une « pollution accidentelle », il signe en réalité l’arrêt de mort du bio dans les régions où prendraient pied les chimères génétiques. A moins de mettre sous cloche les millions d’hectares encore indemnes !
Consolation, et non des moindres : la Belgique émarge au camp de la résistance. Avec la Grèce, l’Italie et la Hongrie, notre pays a voté contre le règlement par la voix de Sabine Laruelle (MR), qui relayait ainsi le point de vue négatif émis par Benoît Lutgen (CDH) et Yves Leterme (CD&V), respectivement ministres wallon et flamand de l’agriculture, puisque cette compétence est chez nous régionalisée. Comme ce dernier sera certainement notre futur premier ministre et que Benoît Lutgen pourrait très bien « monter » au gouvernement fédéral, on aurait là un beau duo qui a toujours soutenu le bio. En Wallonie, ce soutien franc et massif a pris la forme d’un avant-projet de décret qui introduit tellement de contraintes pour la culture d’OGM que leur présence en terre wallonne en devient virtuellement impossible. Les règles prévues sont à ce point drastiques que personne n’oserait courir le risque de semer une variété transgénique.
Mais il y a un « mais ». A l’heure d’écrire ces lignes, cet avant-projet de décret n’est précisément qu’un avant-projet, qui doit encore être peaufiné et approuvé. Or que se passera-t-il si Lutgen est appelé à de plus hautes destinées et si son successeur est moins « bio » que lui ? Que se passerait-il surtout si le jeu de chaises musicales s’accompagnait d’un échange de portefeuilles et si les socialistes récupéraient celui de l’agriculture ? Le parti à la rose possède en ses rangs un certain Philippe Busquin, ex-commissaire européen à la recherche et partisan lyrique du « progrès biotechnologique ». Sans compter José Happart et sa haine atavique du bio. Entre le rouge et le vert, fût-il fondu dans une « orange bleue », il n’y a que les daltoniens qui ne perçoivent pas l’antinomie ! Et leur défaut de vision se double désormais d’un aveuglement coupable. Il y a quelques semaines, le FAO a remis un rapport très élogieux envers l’agriculture biologique (lire en page 5). Dans ce texte historique (n’ayons pas peur des mots), les experts onusiens expliquent que le bio est favorable au développement durable (ça, on le savait) mais aussi qu’il fait parfaitement la paire avec la sécurité alimentaire. Autrement dit, l’argument selon lequel les OGM sont un remède impératif à la faim dans le monde est nul et non avenu. Ami de la planète, le bio pourrait également nourrir tous ses habitants !
Yves Rasir