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Surréaliste, la Belgique ? Non peut-être ! Il y a quelques semaines, à l’instigation des Amis de l’Institut Bordet, une « réunion scientifique » s’est tenue à Bruxelles pour évaluer la relation causale entre la pollution de l’environnement et l’apparition de cancers. Les conclusions de ce caucus laissent pantois : à part la fumée de tabac, les poussières d’amiante et les gaz d’échappement pour les seuls garagistes, rien de vraiment nocif à signaler ! Même pour les champs électromagnétiques, la dioxine et les pesticides, « on n’aurait pas identifié d’effets cancérogènes chez le consommateur ». Quand bien même ce genre d’affirmation ne serait pas contredite par quantités d’études épidémiologiques, l’éthique médicale n’exige-t-elle pas d’épouser le principe de précaution ? En France, le cancérologue Dominique Belpomme a été rejoint par des centaines de scientifiques pour exiger que le lien entre cancer et pollution chimique ne soit plus sous-estimé. L’ « Appel de Paris », réclamant notamment une agriculture plus naturelle, a même été signé par les fédérations de médecins de toute l’Europe, soit 2 millions de praticiens ! Malgré quoi, il se trouve encore des toubibs pour jouer les autruches et ânonner « qu’on manque encore de données pour se prononcer ».
C’est toujours le même refrain : quand des « lanceurs d’alerte » sonnent le tocsin, on leur rétorque qu’il faut des études scientifiques. Quand celles-ci commencent à arriver, on radote qu’il en faut beaucoup d’autres. Et quand il y en a beaucoup, il en faut encore plus. Entre-temps, les voitures roulent plein pot, les antennes GSM prolifèrent, les produits biocides se répandent partout. C’est ce que les écologistes appellent « externaliser le coût environnemental et sanitaire » d’une politique dictée par les seuls intérêts économiques. Dans le dossier des très mal nommés biocarburants – parlons plutôt d’agro-carburants, car ils n’ont rien de biologique comme tels - c’est le même topo : on investit massivement pour rouler à la betterave ou au colza en oubliant que ce type de monoculture risque de nuire encore davantage à la biodiversité. Idem dans le domaine des nanotechnologies : alors que les premières recherches indiquent des dangers bien réels pour la nature et la santé humaine, plusieurs centaines de produits de consommation courante contiennent déjà des nanoparticules. Dans son dossier (page 6 et suivantes) , Didier Dillen nous avertit qu’elles se cachent jusque dans les dentifrices et les crèmes solaires !
Etrange petit pays : dans un autre article (page 38), Melody De Visscher nous informe que le taux d’anesthésie par péridurale navigue entre 70 et 90 % selon les maternités belges. Or cette pratique banalisée n’est pas sans conséquence pour la mère et pour le bébé, augmentant par exemple l’insuccès de l’allaitement maternel. Ce qui est curieux, c’est que l’analgésie à l’accouchement est beaucoup moins répandue aux Pays-Bas, où 15 % des femmes seulement y ont recours. Il faudra qu’on m’explique pourquoi nos voisines seraient moins sensibles à la douleur ! Pour terminer sur une note plus positive, je vous envoie à la page 20 : on y apprend que la Wallonie joue dans la cour des grands producteurs de panneaux solaires high tech. Et en page 34, Raffa vous rappelle que le soleil est aussi un vecteur de vitalité, moins dangereux que bénéfique pour la santé . Des infos qui réchauffent le moral.
Yves Rasir