SOMMAIRE


" Le principe de précaution cher aux écologistes, c'est le retour à la bougie. Si on l'avait appliqué au XIXème siècle, on aurait arrêté les trains par peur de faire tourner le lait des vaches ". Que de fois ai-je entendu ce raisonnement narquois chez mes contradicteurs ! Dans leur esprit, ce sont les paniquards et les ringards qui freinent le progrès technologique et avec lui, l'accession à une vie meilleure. D'ordinaire, ce type de propos m'inspire plutôt un sourire de compassion pour l'insondable stupidité humaine. Mais aussi affligeantes soient-elles, de telles âneries méritent d'être réfutées.
Primo, le principe de précaution ne consiste pas à s'affoler sur base de rumeurs, de croyances populaires ou d'hypothèses farfelues. Ce sont souvent des hommes de science qui, à la lumière de travaux scientifiques, en appelant posément à la prudence de leurs pairs. Lorsque, par exemple, un cancérologue de renom comme le Pr Dominique Belpomme désigne les pesticides comme des substances à bannir (Lire interview page 16), c'est en s'appuyant sur un faisceau de preuves et de présomptions très alarmantes. Le Chemin de fer ne perturbe pas les vaches laitières mais des chercheurs américains ont trouvé neuf fois plus de polluants chimiques dans les tissus mammaires des femmes cancéreuses !
Secundo, n'est pas moins heureux ni plus peureux qu'un autre celui qui craint pour le futur. Car regardez-les, les trompe-la-mort qui se rient du risque et se moquent des appréhensions écologistes : ils sont les premiers à se faire vacciner contre tout et n'importe quoi, à se ruer chez les marchands de drogues légales au moindre pépin de santé, à faire la guerre aux virus et aux bactéries dans leur assiette et leur environnement, bref à paniquer devant la vie ! Cette " biophobie " contemporaine est notamment à l'origine des menaces pesant aujourd'hui sur l'agriculture paysanne et ses produits fermiers (Lire dossier p6). au contraire, l'amoureux de la nature s'inquiète de sa dégradation mais lui fait amplement confiance.
Tertio, le fait de vouloir ralentir —dans l'état présent des connaissances— les innovations potentiellement dangereuses ne signifie pas qu'on s'accroche au passé en sorte de paralyser l'avenir. Jadis, les bienfaits de l'électricité en valaient la chandelle et la vitesse du rail justifiait qu'on se condamne peut-être à quelques hectolitres de lait suret. Par contre, rien ne prouve que l'empoisonnement des sols profite à la société ni que la technologie transgénique apporte un réel bénéfice alimentaire. En l'occurence, le principe de précaution est même un principe de bonne gestion puisque le danger des OGM se dispute à leur absence totale d'utilité.
Le ministre wallon de l'agriculture n'est donc ni un benêt, ni un pleutre, ni un ennemi du progrès. En décidant tout récemment que les Organismes Génétiquement Modifiés étaient malvenus dans les champs de Wallonie, Benoît Lutgen s'est simplement rangé aux arguments de bon sens que le parlement régional avait pris la peine d'écouter. Ce premier pas politique n'en mérite pas moins toute notre admiration étonnée.
Yves Rasir