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Il y a « tendance » et « tendance ». Pour les sociologues et les experts en prospective, la tendance est une évolution qui s’installe d’abord timidement mais qui s’incruste ensuite durablement. Une tendance est qualifiée de lourde lorsque elle préfigure un profond changement des habitudes ou des mentalités. Employé comme épithète par les médias (« c’est très tendance »), le mot est au contraire synonyme de mode passagère, de comportements volatiles et de moeurs éphémères
Il est vrai qu’on ne peut jamais jurer de rien. Qu’elles soient lourdes ou légères, les tendances sont toujours réversibles. Mais entre le ressac des vagues, le mouvement des mers et le Gulf Stream, il y a de fameuses différences ! Les vagues refluent, les marées finissent toujours par se retirer tandis que les grands courants influencent pour longtemps la vie sur terre. C’est sottise ou aveuglement de confondre par exemple « la mode du bio » avec un engouement provisoire condamné à se diluer.
Certes, le secteur de l’agriculture biologique a connu son tsunami lors des grandes crises alimentaires. Ces trois dernières années, le marché a stagné en Belgique et le nombre de producteurs a même légèrement baissé. C’est pourtant une erreur de croire que le bio aurait déjà, si l’on ose dire, mangé son pain blanc. D’une part parce que le fléchissement des ventes n’a pas eu lieu pour tous les produits et d’autre part parce que la demande a récemment recommencé a croître. Depuis le début 2005, les Belges consomment notamment davantage de pain (+ 26%) et de viande biologiques (+ 37%). C’est bien la preuve que l’ascension se poursuit en l’absence de scandales majeurs.
Du reste, on ne voit pas pourquoi notre pays échapperait à une mutation mondiale. A l’échelle de la planète, l’agriculture bio prospère en effet au rythme de 10% par an. Et aux quatre coins du globe, les bonnes nouvelles se ramassent à la pelle. Quelques exemples ? Dans certaines provinces chinoises, le bio s’est implanté sur 20% des terres. A Vienne, on vient d’inaugurer le quatrième supermarché 100% naturel. Et en Suède, cet été, on a manqué de lait local biogaranti….
Bref, le bio n’est pas tendance. Il est une tendance très lourde du présent et de l’avenir. La question du prix est évidemment un frein à son expansion. Mais n’est-ce pas un faux problème ? Selon un calcul de l’Institut pour un Développement Durable, le revenu disponible des Belges - hormis celui des allocataires sociaux – a augmenté de 39 à 59% entre 1973 et 2003 ! Et la part du budget des ménages consacrée à la nourriture n’a cessé de diminuer. Il est donc tendancieux d’affirmer que « le bio est cher » alors que les réalités tendancielles rendent le surcoût très relatif. Au demeurant, il y a beaucoup d’autres données à prendre en compte pour comparer le vrai prix du bio et le vrai prix de l’agriculture chimique polluante. Il y a aussi moyen de manger santé à bon marché, comme l’explique le livre offert ce mois-ci en cadeau à nos nouveaux abonnés. En cinq mots comme en cent : c’est bio la vie !
Yves Rasir