SOMMAIRE


Dans un livre auquel nous avons apporté une modeste contribution (1), l’auteur nous a demandé si nous estimions que « la bio était compatible avec la mondialisation ? ». Bien sûr, avons-nous répondu. L’alimentation est mondialisée depuis lurette et aucun consommateur bio n’imaginerait se priver de bananes, de café ou de chocolat, pourvu que ces denrées soient biogaranties et issues du commerce équitable.. Tant mieux si les saveurs du monde sont sur nos tables et si les échanges commerciaux rapprochent les peuples. Ce n’est pas la mondialisation qui doit faire peur mais une « division internationale du travail » outrancière qui pousse à industrialiser la terre et à enfermer des régions entières dans une logique de monoculture.
Dans le film « le cauchemar de Darwin » (2), on voit très bien où mène l’absence de régulation du marché planétaire : le lac Victoria est une zone écologiquement sinistrée dont la seule richesse piscicole – le filet de perche du Nil - prend l’avion pour l’Europe alors que les pêcheurs tanzaniens doivent se contenter de ronger les arêtes et que des millions d’ Africains continuent à crever de faim. Dans le sens inverse, mais c’est une autre face du même problème, des poulets belges congelés s’envolent vers le Congo où ils ne laissent aucune chance concurrentielle à la volaille locale. C’est complètement absurde et c’est moralement insupportable. L’exportation de nourriture ne se justifie pas si elle aboutit à piller les ressources naturelles, exploiter les hommes et détruire les économies locales. Qu’ils soient bio ou non, les aliments importés de loin mais produits aussi chez nous – poisson, viande de bœuf, certains fruits …- ne devraient pas trouver accueil dans nos assiettes.
Une autre mondialisation donc. Une mondialisation à visage humain où les barrières protectionnistes seraient érigées au seul profit des faibles et où serait respecté le « droit des peuples à se nourrir eux-mêmes ». Mais pourquoi attendre un changement de nature politique ? Si l’on veut transformer le monde qui nous entoure, il faut commencer par se transformer soi-même et par transformer ses habitudes. Notre pouvoir de consommateur est incomparablement plus grand que notre pouvoir d’électeur ! En lançant une campagne commune sous le slogan « ça passe par moi » (lire page 63), six ONG belges viennent à cet égard de frapper un grand coup. (3) Elles s’ adressent à nos consciences et nous invitent à prendre une part active au développement durable du globe, à notre petite échelle. Gouttes d’eau dans l’océan ? Certes. Mais un océan n’est pas seulement une addition de molécules. C’est un milieu vivant où le moindre frémissement peut facilement déclencher de grands bouleversements. De même, une petite minorité d’éco-citoyens pourrait catalyser la mutation de toute l’humanité. Ça passe par nous, ici et maintenant.
Yves Rasir
(1) « La bio malmenée », Jacques –Pascal Cusin, Editions Jouvence
(2) Documentaire d’Hubert Saupert, en salle de cinéma
(3) SOS Faim, Nature & Progrès, Max Havelaar, Oxfam-Magasins du Monde, Crédal, Réseau Eco-consommation.