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Pour certains, écologisme rime avec catastrophisme et obscurantisme. Les Verts sont souvent accusés de broyer du noir et on traite volontiers de Cassandre les annonceurs de lendemains peu enchanteurs. Tout qui s’inquiète des blessures infligées à la nature se voit fréquemment qualifié d’oiseau de malheur et d’ennemi du progrès. Tout qui redoute par exemple les dangers de la chimie et de la manipulation génétique est aussitôt taxé de défaitisme antiscientifique.
Mais est-ce la faute du messager si les nouvelles sont mauvaises ? Est-ce s’opposer à la science que d’en dénoncer les dérives prométhéennes ? Est-ce verser dans le passéisme que de songer aux générations futures ? Et est-ce de la déraison d’avoir raison trop tôt ? Personnellement, je me souviens d’avoir crié au fou en voyant des ruminants nourris aux farines animales. C’était bien avant la crise mondiale de la vache folle. Comme beaucoup d’autres, j’ai protesté contre le nucléaire avant Tchernobyl, contre les pesticides toxiques avant Bophal ou contre les élevages industriels avant l’affaire de la dioxine. Le trou dans la couche d’ozone, le climat qui change et la biodiversité en chute libre, ce sont aussi des peurs irrationnelles peut-être ? Et tous ces médicaments mortels retirés du marché après des années de ravage, c’est un complot des homéopathes ? Et cette étude américaine montrant que les fruits et les légumes conventionnels perdent progressivement leurs qualités nutritionnelles, c’est une invention des agriculteurs bio sans doute? Soyons sérieux : à notre époque, la lucidité réclame de se méfier de la modernité scientiste. La science sans conscience menace non seulement de ruiner nos âmes mais de détruire la vie sur terre. Oui, les OGM sont un désastre prévisible pour la santé humaine et celle de l’environnement. Oui la mort des abeilles laisse augurer le pire pour la planète léguée à nos enfants. Oui encore les vaccins et de nombreux médicaments de synthèse sont des poisons dont on mesurera un jour les funestes conséquences. Ce type de prophétie peut faire sourire mais les Troyens aussi se moquaient de leur prêtresse pessimiste….
L’erreur des Cassandre contemporains, c’est peut-être de prévoir le pire sans apercevoir le meilleur. Notre ère est ainsi faite que les motifs de se réjouir et d’espérer sont presque aussi nombreux que les raisons de paniquer. Plus la situation semble compromise, plus les issues possibles se manifestent. Dans ce numéro de BIOINFO, vous lirez par exemple que les compléments alimentaires sont des outils de santé très performants. Ou que des habitudes alternatives s’installent, dans les façons d’habiter, de consommer, de se soigner ou même de porter les bébés. Sans parler des pionniers d’une nouvelle médecine qui est en train de percer au grand jour comme crocus au printemps. D’ailleurs, c’est le printemps !
Yves Rasir