interview

Gérard Dorsaz

Psycho-spiritualité
L’alliance qui guérit

Psychiatre et psychothérapeute, Gérard Dorsaz démontre que la conception chrétienne de l’homme donne à la notion de psychisme le petit supplément d’âme que la plupart de nos contemporains recherchent désespérément. Rencontre décapante.  

1. Votre ouvrage s’intitule : Psychospiritualité : l’alliance qui guérit. La guérison de quoi, au juste ?

Le titre initial de cet ouvrage répondait directement à votre question : il s’intitulait : « Psychiatrie-psychothérapie d’inspiration philosophique et chrétienne ». Ce livre a en effet été écrit prioritairement pour mes patients, pour qu’ils sachent clairement de quelles méthodes thérapeutiques je me sers. C’est donc bien de guérison de « troubles psychiques » qu’il s’agit. Je sais que l’évocation des troubles psychiques fait encore peur. Mais il est temps que l’on sorte des tabous qui entourent encore la psychiatrie puisque l’on sait qu’environ un quart à un tiers de la population souffre d’une dépression au cours de sa vie et qu’il n’y a actuellement qu’une personne sur huit qui est adéquatement prise en charge.

2. La spiritualité tient une importance capitale dans votre démarche. Laquelle ? Chrétienne ?

Il faut rappeler que le mot spirituel a philosophiquement une signification très large et ne se réduit pas au seul domaine religieux. Fondamentalement il désigne ce qui existe distinctement du monde matériel. Dès l’antiquité grecque, les philosophes ont réfléchi sur la nature de l’homme et de l’univers. Et il y avait déjà plusieurs écoles, celles qui pensaient que tout est matériel (Démocrite) et celles qui pensaient que l’homme est fait de matière et d’esprit (Platon, Aristote).

Dans mon optique, la spiritualité ne se réfère pas qu’au christianisme, mais englobe tout ce qui n’est pas matériel et animal chez l’homme. L’amour, l’amitié, la beauté, la notion de sens sont par exemple des notions spirituelles qui sont essentielles dans le christianisme ou d’autres religions, mais ne sont pas exclusivement religieuses.

Je distingue plusieurs étages dans le domaine de la spiritualité où chacun a sa spécificité mais inclut les étages précédents : le spirituel en opposition au matériel, le spirituel qui donne sens à la vie, la mystique, la mystique chrétienne. J’explique cela de manière détaillée dans mon livre.

Si je suis chrétien, cela n’implique évidemment pas que j’attende de chacun de mes patients qu’il le soit. Mon travail consiste plutôt à le rejoindre avec respect dans ses convictions. D’ailleurs un athée peut bien  être un modèle d’amitié pour un chrétien. Et l’on peut être plus ou moins « converti » à chacun des étages spirituels mentionnés ci-dessus. Ainsi quelqu’un qui a vraiment Foi dans le Christ auquel il a personnellement adhéré, auquel il s’est converti peut manquer d’aptitudes mystiques, c'est-à-dire ne pas avoir de vie de prière, c'est-à-dire de relation intime avec Dieu. Il peut aussi rester très égoïste et avoir beaucoup de chemin à faire dans le domaine de l’amitié et du partage. Et l’on connaît tous des gens qui disent ne pas croire en Dieu mais se montrent très bons et dévoués à l’égard des autres. Tout cela pour dire que la spiritualité est très complexe et qu’il faut bien se garder de juger de la « hauteur » de l’évolution spirituelle de chacun en fonction seulement de ses convictions religieuses.

3.  Ne pensez vous pas qu’aujourd’hui, nous sommes malades car justement, il n’y plus de FOI. Les hommes ont voulu se débarrasser de l’essentiel par toutes sortes de formes spirituelles non transcendantales… ?

Toutes les maladies physiques et psychiques ne relèvent évidemment pas de la perte de la Foi en Dieu. Mais si globalement notre société occidentale souffre beaucoup (trop), c’est premièrement à cause du reniement de ses racines chrétiennes. Il est encore de bon ton dans certains milieux intellectuels de se gausser de la Foi et de ceux qui croient en Dieu, comme si ces derniers exprimaient ainsi leur refus de la vraie connaissance qui ne peut être que scientifique.

Et il est étonnant de voir combien certains psy railleurs de l’Evangile sont prêts à adhérer à n’importe quelle croyance irrationnelle dès qu’on leur parle d’énergies, d’aura, de chakras, et de réincarnation. Le positivisme (qui affirme que n’est véridique que ce qui relève de la pensée scientifique), en voulant séparer la foi de la raison n’a fait que semer la confusion. La pensée humaine sera toujours un mélange de foi et de raison. On est bien obligé de penser ce que l’on croit (sinon c’est de l’intégrisme stupide ou du dogmatisme) et de croire ce que l’on pense (sinon tout devient relatif et absurde). Et si l’on enlève à l’homme l’objet le plus élevé de sa foi, Dieu, il ne peut que le remplacer par des ersatz et des avatars plus ou moins nocifs. Manger de la paille quand on a jeté le blé ne peut pas nourrir durablement.

Ce que vous appelez des « formes spirituelles non transcendantales », je le nomme « dérive émotionnelle ». La dérive émotionnelle commence quand l’on demande aux émotions de guider nos vies à la place de notre conscience…

4. La liberté est « l’obsession » de votre pratique thérapeutique, cette dernière fondée sur une approche biomédicale, existentialiste veut contribuer à libérer l’homme qui est corps et esprit tout à la fois.  De quelle liberté s’agit-t il ?

Là encore il y a une question de foi au départ. De foi en l’homme (cf. Maurice Zundel). Croyons-nous que l’homme n’est que le résultat des multiples déterminismes bio-psycho-sociaux qui le constituent nécessairement. Ou bien est-il réellement capable d’une forme quelconque d’autonomie. En d’autres termes, ne sommes-nous que des machines programmées, ou bien y a-t-il dans nos comportements une part de réelle liberté. Se dire existentialiste c’est pour moi partir du fondement que l’homme est un être capable de liberté. Si je fais tel acte, ce n’est pas qu’en fonction de mon éducation, de mon histoire, de ma culture, de mon sexe, etc., c’est aussi parce que j’ai librement choisi de le faire. Corolairement cela implique que j’avais la possibilité de ne pas le faire. Pour moi la similitude entre l’homme et Dieu tient surtout dans le fait qu’Il nous a créés libres, même si cette liberté n’implique pas la toute puissance étant donné nos limites matérielles et corporelles. Mais je crois qu’il y a toujours une part de liberté en nous qui est inviolable et ne relève d’aucune explication scientifique.

- Liberté = créativité ? Où est le lien ?

Il y a la liberté d’aller à gauche ou à droite, en haut ou en bas. Mais être libre c’est aussi inventer, s’étonner, admirer, contempler. Je dirais même qu’une liberté qui ne serait pas créative, inventive, ne serait pas une vraie liberté. Je crois d’ailleurs que c’est à cette conception limitée de la liberté que l’on voit certains chrétiens passer leur vie à se demander, dans chaque détail et scrupuleusement, s’ils ont bien fait la volonté de Dieu. C’est presque de la superstition : super stare en latin veut dire se tenir au-dessus. Non le Dieu, dont nous fêtons en décembre l’incarnation dans une crèche ne se tient pas au-dessus de nous. C’est l’Emmanuel, le Dieu avec nous, dans notre misère et petitesse.

5. Quels sont les maux principaux que vous êtes amenés à guérir le plus souvent ?

Les troubles principaux pour lesquels les patients consultent sont : la dépression, l’anxiété, les phobies graves, les dépendances (alcool, et de plus en plus les comportements addictifs au jeu, au sexe,), plus rarement des psychoses. J’ai aussi beaucoup de couples en difficulté qui viennent chercher de l’aide. 

Pour plus d’infos : voir le site 

www.psydorsaz.net

 

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