interview

Claude Halmos

L’autorité expliquée aux parents

 

Psychanalyste lacanienne et proche de Françoise Dolto, Claude Halmos est spécialiste de l’enfance. Dans son dernier livre, elle remet les pendules à l’heure sur la nécessité, pour les parents d’aujourd’hui, de comprendre l’autorité dont ils doivent faire preuve vis-à-vis de leurs enfants, dans le but de leur épanouissement. Une autorité, oui, mais pas n’importe laquelle… Explications.

 

 

1. Vous avez consacré votre troisième ouvrage à la thématique de l’autorité parentale. Pourquoi ?

L’idée d’écrire ce livre m’est venue suite à deux constats majeurs. Le premier est celui lié à la multiplication d’enfants en difficulté sans avoir une histoire personnelle très lourde. Le second est celui de la montée généralisée de la violence et de la délinquance en France, notamment. A mon sens, cette montée de violence est liée en grande partie à des carences éducatives chez les enfants et de la part des parents. On pourrait éviter beaucoup de catastrophes personnelles et sociétales si on remettait en place les critères essentiels de repères éducatifs.

 

2. Y a-t-il des événements passés ayant joué un certain rôle dans l’effritement de cette autorité parentale pourtant fondamentale dans le développement de l’enfant ?

Mai 68 est une date incontournable dans le sens où l’on s’est battus contre une certaine forme d’autoritarisme de l’adulte vis-à-vis de l’enfant. Suite à cet événement, beaucoup de gens ont gardé cette idée que l’autorité était forcément liée à cette idée de pouvoir de l’adulte sur l’enfant, chose erronée, bien sûr…Dans mon livre, j’essaie d’expliquer qu’il y a une autre forme d’autorité. Aussi, je rétablis une certaine incompréhension ou mauvaise lecture du message de Françoise Dolto dans ce contexte. Cette dernière dit effectivement que l’enfant est un être à part entière, qu’il faut le respecter. Elle ajoute aussi que celui-ci est un être qui a besoin de l’autorité des adultes pour se construire. Cette deuxième partie de son message a été oublié, ce qui a pour conséquence le désarroi de nombreux adultes aujourd’hui…

 

3.Comment définissez-vous cette « autre autorité », à la base d’une construction solide chez l’enfant, de son développement, de son épanouissement.

L’autorité parentale contre laquelle on s’est battus en 68 exigeait de l’enfant qu’il se soumette aux pouvoirs de l’adulte. Aujourd’hui, il s’agit pour les parents, les adultes d’arriver à imposer à l’enfant qu’il se soumette aux règles de vie qui permettant la vie en société. Le parent doit expliquer à l’enfant que lui-même est soumis aux propres règles sociétales. Il est important que celui-ci comprenne cette égalité qu’il a avec le parent face à la loi. Au fond, l’autorité est là pour transmettre à l’enfant l’autorité de la règle. Ce n’est en aucun cas une violence, bien au contraire, c’est indispensable, car cela va permettre à l’enfant de vivre avec les autres et d’être heureux.

 

4. Avoir « la juste autorité », cela s’apprend ?

Je ne sais pas si cela s’apprend. Il y a des personnes qui y arrivent assez naturellement ayant eu la chance d’avoir eu des parents se situant de manière assez juste dans la société, et donc, capables, à leur tour, de transmettre ce qu’on leur a transmis. La base d’une autorité réussie vis-à-vis des enfants est souvent liée à l’histoire personnelle des parents eux-mêmes. Ce qui ne veut pas dire que si ces derniers ont eu des difficultés avec leurs propres parents (laxistes ou trop autoritaires), ils sont condamnés…Il faut donner à ces derniers les bases nécessaires pour qu’ils comprennent cette problématique d’autorité et saisir ce qu’est la « juste autorité ». C’est l’objet de mon livre.

 

5. Pensez-vous qu’il existe des formes « d’autorité naturelle » ?

Oui et non. Ce que je pense surtout c’est que si un parent possède une autorité naturelle vis-à-vis de l’enfant, c’est car il est convaincu de la légitimité de ce qu’il impose et fait respecter. C’est la confiance en soi vis-à-vis des règles qu’il établit qui lui donne cette autorité dite « naturelle ».

 

6. L’autorité permet à l’enfant de se construire, mais pas seulement…

L’autorité est d’abord gage de construction psychique chez l’enfant, car ce dernier ne naît pas civilisé mais le devient par l’éducation. Ensuite elle est gage de bonheur. Un enfant sans limites n’est jamais heureux, car il sera dans la frustration permanente. S’il est soumis à la juste autorité, il se sentira sécurisé, protégé et rassuré par les parents, un bon début dans la vie…

Propos recueillis par Laetitia Missir de Lusignan

 

Pour info :

Claude Halmos. L’autorité expliquée aux parents.

Entretien avec Hélène Mathieu. Ed. Nil, 2008.

Du même auteur : Parler, c’est vivre, 1997 et Pourquoi l’amour ne suffit pas, 2006.

 

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