interview

Christiane Collange

Sacrées grands-mères !

 

Journaliste et écrivain, Christiane Collange nous dresse, dans son dernier livre, le portrait des grands-mères d’aujourd’hui : jeunes, plus disponibles qu’avant et surtout « prêtes à se décarcasser sans pour autant se sacrifier ». Une fine analyse et une belle palette d’anecdotes qui ne manque pas de faire sourire et parfois rire aux éclats !

 

 

1. Pourquoi avez-vous choisi le terme « sacrées » pour définir les grands-mères d’aujourd’hui ?

Car la grand-mère d’aujourd’hui, par rapport aux images traditionnelles d’antan, est beaucoup plus originale qu’avant. Dans le temps, une « grand-mère », c’était bien défini. La société, la religion, la culture les confinaient dans un rôle. Une « bonne grand-mère » avait les cheveux blancs, était habillée en noir, faisait des bons gâteaux, consolait les petites filles quand elles se faisaient mal et empêchait les petits garçons d’être insupportables, etc. Le dimanche, on allait voir celle-ci, avec beaucoup de politesse. A l’époque, ces grands-mères étaient souvent d’un niveau scolaire inférieur à leurs petits enfants. Aussi, celles-ci avaient souvent du rhumatisme, habitaient des maisons froides, pas toujours confortables...Aujourd’hui, ces dernières n’ont plus rien à voir avec cela ! Même quand elles ne sont pas jeunes, elles ont une espèce de dynamique d’existence qui fait que les enfants sont pris dans une tout autre relation par rapport à celles-ci. De nos jours, il y a même des grands-mères qui travaillent ! Elles ne sont donc pas disponibles comme avant et pour cela, elles essayent de compenser ce manque de disponibilité par un « apport de fantaisie et d’originalité ». Avant, on était supposés avoir du respect pour sa grand-mère, de l’amour aussi, mais ce n’était pas obligatoire. C’est la grand-mère elle-même qui attirait ceci, peu importe ses qualités. Aujourd’hui, les enfants choisissent d’aimer ou de ne pas aimer leur grand-mère. C’est très différent. Elles doivent conquérir leur place dans une famille de plus en plus agitée. Une place extrêmement importante et utile pour la formation et la stabilité émotionnelle des petits enfants.

 

2. Vous voulez dire par là qu’elle tient un rôle plus important qu’avant ?

Oui, en quelque sorte et c’est la société actuelle qui provoque cela. Aujourd’hui, les jeunes parents ne suffisent plus dans l’éducation de leurs enfants. Ils ont une vie plus « instable » : problèmes professionnels, affectifs, de couple, etc. Dans ce contexte familial et sociétal très complexe, la grand-mère joue un rôle de stabilisateur et d’enracinement qui est fondamental pour les enfants. Je tiens aussi à souligner que la famille n’est pas si « décomposée » comme on le croit aujourd’hui…L’enracinement dans celle-ci reste essentiel pour la plupart qui dit avoir recours à elle dans des moments de difficultés. Mes nombreuses interviews et rencontres me l’ont confirmé. Et ce rôle de « transmission » va s’accentuer dans le futur. Je pense aussi que certains problèmes de délinquance ou de violence chez certains enfants proviennent du manque de grands-parents.

 

3. Aujourd’hui la tendance des jeunes couples à s’expatrier se renforce. Une donnée qui amplifie encore ce rôle à jouer…

C’est vrai. Il y a plus en plus de jeunes qui partent vivre à l’étranger. Il y a une forte « intermondialisation » des emplois aujourd’hui. Face à ce phénomène, les grands-parents se sont mis à l’informatique, aux nouvelles technologies (skype, webcam…) pour ne pas perdre le lien. Les liens ne sont plus « rompus » comme avant dans un cas d’expatriation, mais « distendus ». Aussi, tradition et modernité sont plus facilement conciliables de nos jours : il est fondamental pour les grands-parents de garder cette générosité, cette place dans la succession des générations pour l’équilibre des enfants. Ces derniers en ont un besoin crucial.

 

4. Vous définissez les grands-mères comme « formidablement modernes », surtout par rapport aux grands-pères.

Exactement. Par rapport aux hommes, elles sont plus nouvelles, plus originales de ce qu’avaient été leurs mères. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai décidé d’écrire ce livre. Ce fut passionnant ! Un grand-père d’aujourd’hui n’est pas si différent d’un grand-père d’avant. Ce n’est pas du tout le cas des grands-mères qui sont incroyablement différentes. C’est l’évolution de la femme dans la société qui est la cause de ce phénomène.

 

5. Vous dites que ces grands-mères sont « prêtes à se décarcasser sans pour autant se sacrifier ». C’est-à-dire ?

Avant, une grand-mère devait de se sacrifier pour ses petits enfants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui à ce point que, si elle se sacrifie, elle n’en devient plus bénéfique pour sa descendance… Mais attention, ce n’est pas pour cela non plus, qu’elle doit tendre vers un excès d’individualisme !

 

A lire : Christiane Collange. Sacrées grands-mères. Editions Robert Laffont, 2007. Vous pouvez donner votre avis sur ce livre et raconter votre expérience à Christiane Collange : e-mail : lectrices@collange.net

Propos recueillis par Laetitia Missir de Lusignan

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