Lettre ouverte au Gouvernement chinois

C’est un citoyen qui vous parle. Je vis dans un petit pays dont la population correspond à celle de la 25ième ville de votre république socialiste.

Je souhaite exprimer mon chagrin face au fait que vous négligez une chance historique. Comme vous n’avez engagé aucune négociation sérieuse avec le Dalaï-Lama et comme vous n’avez fait aucun progrès substantiel sur le plan des droits humains, il est inévitable que :

  1. vous deviendrez de plus en plus méfiant ;

  2. vous vous sentirez de plus en plus enclins à intervenir de façon brutale ;

  3. vous rencontrerez de plus en plus d’ennemis ;

  4. vous vous sentirez de plus en plus isolés.

La minorité la plus importante de votre pays (à savoir, les Tibétains) souhaitait pourtant – sous l’impulsion et la direction décidées du Dalaï-Lama – élaborer un contrat de vie commune à l’intérieur même de la Mère Patrie Chine. Votre incapacité à discerner la simplicité de cette solution et l’ampleur des conséquences que cela aurait eu pour votre image de marque, vous a amenés à choisir la voie de l’entêtement et de l’obstination. Ne vous étonnez pas si d’autres vous imitent sur ce plan. Aveuglés par leur désespoir, et en s’exprimant avec violence. Sachez que jamais vous ne pourrez étouffer ce mouvement : la violence ne se résout jamais par la violence.

De plus en plus de gens diront tout haut ce que tout le monde sait déjà :

  1. que le Tibet fait tout autant partie de la Chine que l’Algérie – en son temps – de la France ;

  2. que les dirigeants chinois ne doivent pas se mêler des « affaires intérieures », ni déterminer qui les présidents et ministres peuvent, ou ne peuvent pas, rencontrer.

Vous êtes pitoyables quand vous annoncez que vous êtes en colère au sujet de telles rencontres à l’étranger, ou quand vous insultez le Dalaï-Lama. L’image que vous avez diffusée du « loup déguisé en moine » est aujourd’hui éculée, à force de l’avoir utilisée. Le disque est rayé : si vous persistez à le jouer, cela abîmera l’aiguille (la réputation de votre pays), mais cela irritera l’oreille des auditeurs (tous les citoyens de ce monde).

Même si vous voulez réinsérer Confucius et persister à croire que les gens et les gouvernements ne pensent qu’en termes économiques et financiers, vous perdez manifestement de vue une évidence que l’histoire nous a démontrée  tellement souvent : la vérité fait toujours surface. La vérité est que vous menez une répression silencieuse mais impitoyable au Tibet. La vérité est que les mille personnes soit disant libérés à l’occasion du passage de la flamme olympique au Tibet, n’existent pas. La vérité selon laquelle vous soutenez des criminels et leur prêtez mainforte partout où, dans le monde, il y a des régimes féodaux ou dictatoriaux (Zimbabwe, Soudan, etc.). Vous n’avez de leçons à donner à personne.

Je suis convaincu qu’au sein de l’appareil de votre parti, il existe des personnes qui peuvent faire preuve de raison et de confiance pour leurs interlocuteurs.

Un grand nombre de personnes, de firmes et d’autorités politiques de par le monde se rendent aujourd’hui compte que d’autres choses sont vitales dans la vie, à côté du bien-être matériel. Votre propre population ne se laissera pas endormir par un niveau de vie supérieur et des réseaux routiers, si les canaux de communication et les libertés fondamentales ne sont pas garantis.

Je demande au Dalaï-Lama de bien vouloir m’excuser : il vous aurait sûrement parlé avec beaucoup plus de compassion.

Je formule le vœu sincère que vous allez tout mettre en œuvre pour inverser la tendance : vous avez tout à y gagner. Sinon, je crains bien que les Jeux Olympiques ne produiront  qu’un goût amer et des conséquences désagréables pour vous.

Frans Goetghebeur, un citoyen qui se fait du souci à votre égard.

Bruxelles, Belgique

30 juillet 2008

 

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