La dent du furet...

UNE DENT CONTRE LES PSYCHOTROPES
Dans un newsletter médicale, je viens de lire un article sur « les traitements psychotropes et la grossesse ». J’y apprends notamment que « si on retrouve 2 à 3% de malformations congénitales dans la population générale, moins de 5% d’entre elles sont imputables à une prise médicamenteuse ». Un peu plus loin, il est précisé qu’« un médicament connu pour sa teratogénicité sera responsable d’une malformation fœtale dans 20 à 30% des cas au maximum, la fréquence moyenne oscillant entre 5 et 10% ».
Moi, je suis abasourdi en lisant de tels chiffres. Et je suis encore plus abasourdi en constatant qu’il ne soulève aucune indignation, ni aucun questionnement dans le monde médical. Calculons ensemble : 3% de malformations fœtales, cela donne 3.600 chaque année en Belgique, puisqu’on y enregistre bon an mal an environ 120.000 naissances. Et 5 % d’entre elles, cela donne 180. Donc, chaque année, en Belgique, 180 bébés naissent physiquement et/ou psychiquement handicapés pour la seule raison que leur mère a pris un médicament légalement prescrit. S’il y en avait un ou deux, je veux bien admettre que le « dégât collatéral » serait assez minime, mais 180, c’est énorme ! C’est dix fois la population de la crèche ou je mettais mes filles, c’est l’équivalent de toute une école primaire avec 30 élèves par classe ! Chaque année, une école sacrifiée sur l’autel de l’industrie pharmaceutique !
Evidemment, on vous rétorquera que la « balance bénéfices-risques » demeure positive, autrement dit que le médicament fait finalement courir moins de risques au fœtus que l’absence de traitement, par exemple chez les femmes enceintes dépressives. Mais, outre le fait que de telles statistiques scabreuses sont critiquables, il reste un fait incontournable : la substance chimique provoque une malformation congénitale chez 180 enfants par en Belgique. Ça signifie qu’un tel désastre serait évité si les femmes enceintes bénéficiaient de médications moins ravageuses pour un résultat identique. Or, pour la dépression par exemple, plusieurs études scientifiques récentes démontrent que la supplémentation en Omega 3 est aussi efficace que des antidépresseurs classiques !
Osons la métaphore : les toubibs prescripteurs sont un peu comme des militaires qui vous expliquent que les bombes à fragmentations ou les mine-antipersonnels sont un « mal nécessaire » : elles font beaucoup de victimes, mais elles abrègent les conflits et permettent ainsi de diminuer le bilan global des tués et des blessés. D’abord, on voit ce que ce genre de raisonnement produit en Irak ou en Afghanistan : la solution armée ne rime pas vraiment avec pacification durable. Ensuite, ça ne change rien au fait qu’une arme létale est, par définition, dangereuse pour la santé, tandis que la diplomatie et l’action non violente n’ont pas cet « inconvénient ». Personnellement, je pense que le recours à la guerre n’a que très rarement démontré son efficacité.
Si l’on file encore la métaphore, la médecine classique en rajoute une couche : une bombe « tératogène » n’explose « que » dans 5 à 10% des cas. Autrement dit, ce médecin peut avoir bonne conscience : en prescrivant des médicaments connus pour engendrer des malformations, il ne condamne au handicap que quelques dizaines d’enfants, quelques centaines tout au plus. Quantité négligeable….
Le hic, c’est que la tératogénicité n’est qu’un « effet indésirable » parmi beaucoup d’autres. Et qu’il faudrait y ajouter tous les effets secondaires pour mesurer l’ampleur exacte des « dégâts collétéraux ». Aux Etats-Unis, certains chercheurs sont persuadés que les « maladies iatrogènes »sont devenus un problème sanitaire majeur. Les cas de décès attribués aux médicaments auraient triplé depuis 1998 !
J’ai une dent contre les médecins qui, sachant cela, vont froidement continuer à démolir des fœtus qui ne leur ont rien fait.
Le Furet